Vendredi 12 mai 2006 5 12 /05 /2006 23:13
CONTES DE LA CREATION DE L'HOMME

Garçon-Lapin Il y a bien longtemps, la terre n'était pas tout à fait terminée, et la nature continuait de créer chaque jour quantité de montagnes, de rivières, d'animaux et de plantes, selon son grand dessein. En ce temps-là, comme s'il était dans une sorte de brouillard, vivait un lapin, un lapin très vif et joueur. Et gentil. Un beau jour, ce lapin se promenait, tout content, quand il découvrit un caillot de sang. Comment ce caillot était arrivé là, personne n'en sait rien. On aurait dit une cloque, une petite cloque pleine d'un liquide rouge. Alors, ce lapin se mit à jouer avec ce caillot de sang, et il le repoussait de-ci, de-là, du bout de la patte, comme on fait avec un tout petit ballon. Il faut dire que nous les indiens, nous croyons en Takuskanskan, le mystérieux pouvoir qui permet à toute chose de se mouvoir. Son esprit se trouve dans toutes les choses, tous les êtres qui bougent. Il les anime et leur donne vie.

Alors, le lapin se trouva pris dans ce mystérieux pouvoir de mouvement sans même s'en rendre compte, tant et si bien que le fait d'être balancé à droite et à gauche, ou plutôt l'esprit du mouvement lui-même, commença à faire son effet sur le petit caillot de sang et le transforma bientôt en une sorte de petit boyau. Le lapin lui donna encore quelques coups de patte, et il commença à lui pousser de petits bras avec de petites mains. Le lapin continua un moment comme ça, et tout à coup le caillot se retrouva avec des yeux et un coeur qui battait. C'est comme ça que le lapin, avec l'aide du mystérieux pouvoir, créa un être humain, un petit garçon. Le lapin lui donna pour nom : "We-Ota-Wichasha", c'est-à-dire le Garçon-caillot-de-Sang, mais on le connaît surtout sous le nom de Garçon-Lapin. Le lapin l'emmena à sa femme et tous deux se prirent d'affection pour cet étrange petit garçon, comme s'il avait été leur seul enfant. Ils le vêtirent d'une magnifique chemise en peau de daim, peinte en rouge, la couleur sacrée, et décorée de motifs en piquants de porc-épic. Le garçon grandit et il vivait heureux au milieu des lapins.

Quand il fut presque arrivé à l'âge d'homme, le vieux lapin le prit à part et lui dit : "Mon fils, je dois te dire que tu n'es pas ce que tu crois être ; tu n'es pas un lapin comme moi. Tu es un être humain. Tu sais que nous t'aimons et que nous ne voulons pas te voir partir ; pourtant il faut que tu t'en ailles à la recherche de ton peuple." Garçon-Lapin se mit donc en marche, et il arriva près d'un village d'êtres humains, où il vit des garçons qui lui ressemblaient. Il entra dans le village. Les gens n'avaient d'yeux que pour cet étrange garçon en vêtements de daim. "D'où viens-tu ? lui demandaient-ils - D'un autre village", répondait-il, bien que ce ne fût pas vrai. Il n'y avait de par le monde aucun autre village, car la terre n'en était qu'à ses débuts. Il y avait dans ce village une jeune fille très jolie, qui tomba amoureuse de lui, pas seulement à cause de ses splendides vêtements, mais aussi parce qu'il était beau et qu'il avait bon coeur. Sa famille voulait également qu'il épouse une de leurs filles, car il désiraient avoir parmi eux un homme qui sait son grand et mystérieux pouvoir.

 Un jour, Garçon -Lapin eut une vision, dans laquelle il luttait avec le soleil, faisait la course avec lui, jouait à des jeux avec lui ... et gagnait chaque fois. Mais Iktome, le méchant Homme-Araignée, le vilain escroc, tricheur et sorcier, voulait lui aussi épouser la jeune fille. Il se mit alors à dire du mal de Garçon-Lapin. "Regardez-le, disait-il, qui se pavane devant nous avec son accoutrement en peau de daim, devant nous qui sommes trop pauvres pour avoir des vêtements aussi beaux." Et aux hommes il disait aussi : "Comment se fait-il que vous le laissiez épouser une fille de votre village ?" Ou encore : "Si vous le voulez, j'ai un cerceau magique que je peux jeter autour de lui, et il ne pourra plus rien faire." "Iktome a raison", dirent plusieurs des garçons du village. Ils étaient jaloux de Garçon-Lapin, à cause de son étrange pouvoir, de sa sagesse et de sa générosité. D'abord ils se battirent avec lui, puis Iktome lança son cerceau magique autour de lui. Celui-ci n'avait aucun effet sur Garçon-Lapin, mais il fit semblant que oui, pour s'amuser. Les jeunes hommes et les garçons du village attachèrent alors Garçon-Lapin à un arbre avec des lanières de cuir. Et le méchant Homme-Araignée ne cessait de les encourager : "Prenons nos couteaux à découper et taillons-le en pièces !" "Mes amis, kola-pila, dit Garçon-Lapin, puisque vous allez me tuer, laissez-moi d'abord chanter mon chant de mort." Et il se mit à chanter : Amis, mes amis J'ai combattu le soleil. Il a essayé de me faire brûler, Mais il n'a pas réussi. Même contre le soleil, J'ai tenu bon.

Après le chant, les gens du village tuèrent Garçon-Lapin et le découpèrent en petits morceaux, qu'ils mirent dans un chaudron. Mais il n'était pas si facile de faire du mal à Garçon-Lapin. Une tempête se leva alors, un très grand nuage cacha la face du soleil, et le monde entier se trouva plongé dans la nuit noire. Une fois le nuage parti, les bouts de viande avaient disparu sans laisser de trace. Mais ceux qui avaient été attentifs avaient vu les morceaux se regrouper pour former à nouveau un corps humain, emporté dans le ciel sur un rayon de soleil. Un homme-médecine vénérable dit alors : "Ce Garçon-Lapin est un magicien vraiment puissant : il est monté voir le soleil. Bientôt il reviendra, et il sera encore plus fort qu'avant, parce que là-haut il va recevoir le pouvoir du soleil. Marions-le à notre jeune fille." Mais Iktome, jaloux, dit "Non ! Pourquoi faudrait-il s'occuper de lui ? Regardez-moi, je suis bien plus fort que Garçon-Lapin ! Tenez, attachez-moi, moi aussi, et coupez-moi en morceaux ! Faites vite !" Iktome croyait pouvoir se rappeler le chant de Garçon-Lapin. Il le croyait magique. Mais il ne se souvenait pas très bien des paroles, et il chanta : Amis, mes amis J'ai combattu la lune, Elle a essayé de se battre, Mais j'ai gagné. Même contre la lune, C'est moi qui l'ai emporté. Ils le découpèrent en morceaux, comme il le leur avait demandé, mais il ne put ressusciter. L'Homme-Araignée avait voulu être trop malin, plus malin que lui-même.

C'est toujours comme ça avec les filous. Raconté par Jenny Leading Cloud, en 1967, sur la réserve indienne de Rosebud, Dakota du Sud. Mère-Maïs Du temps où Kloskurbeh, le Créateur, vivait sur cette terre, les hommes n'existaient pas encore. Mais un jour, alors que le soleil était haut dans le ciel, un jeune s'en vint, qui s'adressa à lui ainsi : "Oncle, frère de ma mère." Ce jeune homme était né de l'écume des vagues, une écume que le vent avait animée et le soleil réchauffée. C'est le mouvement du vent, l'humidité de l'eau et la chaleur du soleil qui lui avaient donné vie ... la chaleur surtout, parce qu'elle est la vie même. Le jeune homme vécut donc avec Kloskurbeh et il devint son principal assistant. Puis, un jour, après que ces deux être puissantes eurent créé toutes sortes de choses, vint à eux, à l'heure où le soleil brille au Zénith, une très belle jeune fille. Elle était née de la plante merveilleuse que portait la terre, de la rosée et de la chaleur. Une goutte de rosée tombée sur une feuille avait été réchauffée par le soleil, le soleil qui réchauffe et donne la vie ; et la jeune fille était née ainsi, de la plante verte et vivante, de la rosée et de la chaleur. "Je suis l'amour, dit la jeune fille. Je rends fort, je suis la Nourricière, je donne à manger aux hommes et aux animaux. Je suis aimée de tous." Kloskurbeh remercia alors le Grand-Mystère-d'-en-Haut de leur avoir envoyé cette jeune fille.

Le jeune homme, le Grand neveu, l'épousa, et elle devint Première Mère. Kloskurbeh, le Grand Oncle, qui apprend aux hommes tout ce qu'ils doivent savoir, apprit à leurs enfants comment vivre. Il partit ensuite habiter dans le nord, d'où il reviendra lorsqu'on aura besoin de lui. Après cela, les hommes crûrent et multiplièrent. Ils vivaient de la chasse, et plus ils chassaient, plus ils étaient nombreux et moins ils trouvaient de gibier. Ils chassaient trop, le gibier disparaissait, et la famine s'abattit sur eux. Première Mère en fut émue. Les petits enfants vinrent à elle et lui dirent : "Nous avons faim. Donne-nous à manger." Mais, n'ayant rien à leur donner, elle se mit à pleurer. Elle leur dit : "Prenez patience. Je vais faire de la nourriture, pour remplir vos petits ventre." Mais elle continuait à pleurer. Son mari lui demanda alors : "Comment faire pour te voir sourire ? Comment faire pour te rendre heureuse ? - Il n'y a qu'une seule chose qui pourra arrêter mes larmes. - Laquelle ? demanda son mari. - Il faut me tuer, répondit-elle. - Jamais je ne pourrai faire une chose pareille ! - Il le faut, sinon jamais je ne cesserai de pleurer et de me lamenter." Son mari partit alors très loin, jusqu'au bout de la terre ; il alla vers le nord, pour demander au Grand Maître, son oncle Kloskurbeh, ce qu'il fallait faire. "Fais ce qu'elle te demande. Tu dois la tuer", dit Kloskurbeh. Le jeune homme s'en retourna donc chez lui, et se mit à pleurer à son tour. Mais Première Mère lui dit : "Ce sera demain, à l'heure où le soleil est à son zénith. Quand tu m'auras tuée, dis à deux de nos fils de me prendre par les cheveux et de traîner mon corps sur ce bout de terre, jusqu'à ce que ma chair soit entièrement détachée de mon corps.

Ensuite, tu rassembleras mes os et tu les enseveliras au milieu de cette clairière. Et puis tu t'en iras." Elle sourit et lui dit : "Attends que sept lunes soient passées, et puis tu reviendras. Tu retrouveras ma chair, que j'aurai donnée par amour, et qui vous nourrira et vous fortifiera jusqu'à le fin des temps." Il en fut fait ainsi. Le mari tua sa femme, et ses fils, en récitant des prières, traînèrent son corps dans un sens et dans l'autre, comme elle l'avait demandé, jusqu'à ce que la terre fut couverte de sa chair. Puis ils rassemblèrent ses os au milieu et les enterrèrent. Et ils s'en allèrent en pleurant de tout leur coeur. Lorsque le mari, ses enfants et les enfants de ses enfants revinrent à cet endroit après que sept lunes eurent passé, ils virent que la terre portait de grandes plantes vertes couvertes d'épis. Le fruit de ces plantes, le maïs, était le chair de Première Mère, dont elle avait fait don aux hommes pour qu'ils puissent vivre et prospérer. Ils partagèrent donc la chair de Première Mère et la trouvèrent plus douce que les mots ne peuvent le dire. C'est ainsi que sa chair et son esprit se renouvelèrent tous les sept mois, génération après génération. Et à l'endroit où ils avaient fait brûler les os de Première Mère poussa une autre plante, aux feuilles large et parfumées. C'était le souffle de Première Mère, et ils entendirent son esprit qui leur parlait : "Brûlez ces feuilles et fumez-les. Cette plante est sacré. Elle vous rendra l'esprit clair, facilitera vos prières et réjouira vos coeurs." Alors le mari de Première Mère appela la Première plante skarmunal, qui veut dire maïs, et la deuxième utarmur-wayeh, qui signifie tabac. "Souvenez-vous, dit-il aux hommes, et prenez grand soin de la chair de Première Mère, parce que c'est sa bonté qui s'est transmuée en substance. Prenez grand soin de son souffle, parce que c'est son amour qui s'est transformé en fumée de tabac. Souvenez-vous d'elle et pensez à elle toutes les fois que vous mangerez, chaque fois que vous fumerez cette plante sacrée, parce qu'elle a donné sa vie pour que vous puissiez vivre. Elle n'est pas morte, cependant ; elle vit toujours : en donnant cet amour éternel, elle se renouvelle encore et toujours." D'après trois sources du XIX siècle, dont Joseph Nicolas. LA SUITE ICI: http://foretelfique.forumactif.com/ftopic296.contes-chamaniques.htm par: Magna regente REINE DE HELLHEIM Inscrit le: 14 Mar 2005 Messages: 2143 Appartenence:: Guilde du Roan*
Par magnaregente - Publié dans : foretelfique
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